Technicien inspectant un système d'extraction d'air dans un atelier métallurgique moderne
Publié le 5 février 2026

Votre médecin du travail vous alerte sur une hausse des irritations respiratoires. Vos opérateurs toussent. L’inspection du travail annonce un contrôle dans six mois. Ce scénario, je le rencontre régulièrement chez les responsables HSE que j’accompagne. La question n’est plus de savoir si vous devez agir sur la qualité de l’air, mais comment le faire efficacement sans paralyser votre production.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif. Respectez les normes en vigueur et consultez un expert certifié avant toute intervention sur vos installations.

L’essentiel sur extraction d’air et santé en 30 secondes

  • Les maladies professionnelles ont augmenté de 6,7% en 2024 selon l’Assurance Maladie
  • Les VLEP pour les poussières ont été divisées par deux depuis juillet 2023
  • Un système bien dimensionné capte la grande majorité des polluants à la source
  • Délai projet type : 5 à 6 mois de l’audit à la mise en service

Ce que respirent vraiment vos opérateurs chaque jour

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maladies professionnelles reconnues en France en 2024

Quand un opérateur me dit que « l’air est irrespirable dans l’atelier », je sais déjà ce que je vais trouver. Des particules fines invisibles à l’œil nu. Des fumées métalliques qui stagnent au niveau des voies respiratoires. Des brouillards d’huile qui se déposent partout. Le problème ? Vos équipes les inhalent huit heures par jour sans forcément s’en rendre compte.

Les particules en suspension restent invisibles sans éclairage adapté



Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie, les maladies professionnelles poursuivent leur hausse avec une augmentation de 6,7% par rapport à l’année précédente. Les troubles musculosquelettiques représentent 90% des cas, mais les affections respiratoires restent une préoccupation majeure dans les environnements industriels.

Soyons clairs : la réglementation s’est durcie. Depuis juillet 2023, les valeurs limites d’exposition professionnelle pour les poussières sans effet spécifique ont été divisées par deux. D’après l’évolution des VLEP poussières publiée par Polyvia, on passe de 10 mg/m³ à 4 mg/m³ pour la fraction inhalable, et de 5 mg/m³ à 0,9 mg/m³ pour la fraction alvéolaire. Ça représente un changement radical.

Dans ma pratique, ce que j’observe sur le terrain est souvent en décalage avec ces seuils. Beaucoup de sites industriels que j’audite en Île-de-France et dans les Hauts-de-France dépassent encore ces nouvelles limites sans le savoir. Le système de mesure n’est pas toujours en place, et les opérateurs continuent d’inhaler des concentrations problématiques.

Les fumées de soudage méritent une attention particulière. Elles sont classées cancérogènes avérés par les autorités sanitaires internationales. Un soudeur non protégé accumule des particules métalliques dans ses poumons pendant des années avant que les premiers symptômes n’apparaissent. L’effet est insidieux.

Comment un système d’extraction capte les polluants à la source

Le captage à la source empêche la dispersion des polluants dans l’atelier



Imaginez une aspirateur géant, mais intelligent. Le principe est simple : capturer les polluants là où ils sont émis, avant qu’ils ne se dispersent dans l’air ambiant. Une hotte placée à quelques centimètres du point d’émission crée une dépression qui aspire les particules vers un réseau de gaines, puis vers un système de filtration.

Analogie : C’est comme la hotte de votre cuisine, mais en version industrielle. Les fumées de cuisson sont captées au-dessus de la plaque avant d’envahir toute la pièce. Le même principe s’applique aux fumées de soudage ou aux poussières d’usinage.

La règle d’or que je recommande toujours : envelopper au maximum et capter au plus près de la zone d’émission. C’est le principe fondamental rappelé par le guide pratique de ventilation ED 695 de l’INRS. Plus vous vous éloignez de la source, plus le débit d’aspiration nécessaire augmente de façon exponentielle.

Franchement, si vous retenez une seule chose sur le dimensionnement, c’est celle-ci : la vitesse d’air au niveau de la zone d’émission doit être suffisante pour contrer les mouvements naturels des polluants. Une fumée chaude monte. Une poussière lourde retombe. Votre système doit prendre en compte ces comportements.

Le piège du système sous-dimensionné

Dans ma pratique, j’observe régulièrement un sous-dimensionnement des débits d’extraction. Sur les sites que j’ai audités en Île-de-France et Nord, l’efficacité réelle du captage était souvent inférieure de 30 à 40% aux performances attendues. Ce constat varie selon la configuration des postes et l’ancienneté des équipements.

Le choix du système dépend de votre contexte. Les hottes fixes conviennent aux postes stationnaires. Les bras articulés offrent de la flexibilité pour les opérations mobiles. Les tables aspirantes fonctionnent bien pour les petites pièces. Si vous cherchez à approfondir le choix d’un système de ventilation adapté, les principes de base restent similaires entre contextes résidentiels et industriels.

La filtration représente l’autre moitié de l’équation. Les filtres à manches offrent une efficacité très élevée pour les particules fines. Les électrofiltres conviennent mieux aux brouillards d’huile. Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle couvre les cas les plus fréquents que je rencontre en plasturgie et métallurgie.

Les bénéfices mesurables pour la santé et la productivité

Je me souviens d’un dossier traité en 2023 qui illustre parfaitement ce qu’un système bien dimensionné peut changer. Thierry, responsable HSE dans une fonderie de Seine-et-Marne, m’a contacté après un rapport alarmant de la CARSAT.

Cas réel : fonderie de Seine-et-Marne

J’ai accompagné Thierry, 52 ans, qui gérait un site avec 45 opérateurs exposés aux fumées de fonderie. Son taux d’absentéisme pour problèmes respiratoires dépassait de 12% la moyenne du secteur. La direction était réticente à investir, jusqu’à ce qu’un rapport CARSAT menaçant atterrisse sur leur bureau.

Le système d’extraction datait de 1995. Non conforme aux VLEP actuelles. Après l’installation d’un nouveau système de captage à haute dépression, les arrêts maladie liés aux affections respiratoires ont chuté de 60% sur une période de 18 mois.

Ce cas n’est pas isolé. Les bénéfices d’une extraction performante se mesurent sur plusieurs tableaux. La réduction des arrêts maladie génère des économies directes. La conformité réglementaire évite les sanctions. L’amélioration des conditions de travail réduit le turnover dans un contexte où recruter des opérateurs qualifiés devient difficile.

Un environnement de travail sain améliore la productivité et la fidélisation des équipes



Les spécialistes de la ventilation industrielle comme coral.eu proposent des solutions adaptées aux différentes configurations d’ateliers. L’enjeu n’est pas d’installer le système le plus sophistiqué, mais celui qui correspond réellement à vos émissions et à vos contraintes de production.

Mon avis (qui n’engage que moi) : le coût de l’inaction dépasse largement l’investissement initial. Comptez les jours d’arrêt, le coût des intérimaires pour remplacer, les cotisations AT-MP qui augmentent, le risque de mise en demeure par l’inspection du travail. Le calcul devient vite évident.

La chronologie d’un projet type, d’après mon expérience sur le terrain :


  • Audit initial et mesures d’exposition

  • Étude technique et dimensionnement

  • Validation devis et commande équipements

  • Livraison et début installation

  • Mise en service et mesures de contrôle

Ce délai de 5 à 6 mois peut sembler long. Anticipez. Si votre prochain contrôle est prévu dans un an, c’est maintenant qu’il faut lancer le projet.

Vos questions sur l’extraction d’air et la santé au travail

Quelle différence entre extraction et ventilation générale ?

L’extraction capte les polluants à la source, là où ils sont émis. La ventilation générale dilue les polluants dans l’ensemble du volume d’air. La première est plus efficace et moins énergivore. La seconde peut servir de complément mais ne suffit jamais à elle seule pour les postes à forte émission.

Quelles sont les sanctions en cas de non-conformité aux VLEP ?

Selon la réglementation VLEP de l’INRS, le non-respect des valeurs limites expose l’employeur à des sanctions. La mise en demeure par l’inspection du travail peut entraîner l’arrêt de l’activité. En cas d’accident ou de maladie professionnelle, la responsabilité pénale du dirigeant peut être engagée.

Comment mesurer l’efficacité de mon système actuel ?

Trois indicateurs clés : la vitesse d’air au niveau du poste de travail (mesurable avec un anémomètre), les résultats de prélèvements atmosphériques comparés aux VLEP, et l’état visuel des filtres après quelques semaines d’utilisation. Si vos filtres restent propres, c’est mauvais signe : le système ne capte probablement pas.

Combien coûte l’installation d’un système complet ?

Ça dépend énormément de la configuration. Pour un atelier de 10 postes, comptez une fourchette large entre 15 000 € et 80 000 €. Des subventions existent : les CARSAT peuvent financer jusqu’à 70% des équipements pour les entreprises de moins de 50 salariés. Le budget de maintenance annuel représente généralement 5 à 10% de l’investissement initial.

L’installation perturbe-t-elle la production ?

Les travaux lourds (réseau de gaines principal) se font généralement pendant les arrêts programmés. Les raccordements aux postes peuvent être réalisés zone par zone pour limiter l’impact. J’ai vu des installations complètes réalisées sans arrêter la production, en travaillant le soir et le week-end.

Si vous souhaitez mieux comprendre les principes des systèmes de traitement d’air en général, le guide du fonctionnement des climatiseurs aborde des mécanismes similaires de circulation et de filtration.

Et maintenant ?

La prochaine étape dépend de votre situation actuelle. Si votre système a plus de 15 ans, faites réaliser un audit de performance. Si vous n’avez jamais mesuré les concentrations de polluants à vos postes, c’est urgent. Si l’inspection du travail est annoncée, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Plutôt que de conclure, posez-vous cette question : combien de temps vos opérateurs peuvent-ils encore respirer un air non conforme avant que les premiers symptômes n’apparaissent ?

Précautions avant mise en œuvre

  • Chaque site industriel présente des spécificités nécessitant une étude technique personnalisée
  • Les valeurs limites d’exposition professionnelle peuvent évoluer selon les mises à jour réglementaires
  • L’installation d’un système d’extraction ne dispense pas des autres mesures de prévention (EPI, organisation du travail)

Consultez votre médecin du travail, la CARSAT de votre région ou un bureau de contrôle agréé avant tout projet d’installation.

Rédigé par Vincent Moreau, consultant en qualité de l'air industriel et prévention des risques professionnels depuis 2012. Il accompagne les PME industrielles dans l'audit et l'optimisation de leurs systèmes d'extraction et de ventilation, avec une spécialisation dans les secteurs métallurgie, plasturgie et usinage. Fort de plus de 150 audits de sites réalisés en Île-de-France et Nord de la France, il intervient régulièrement en formation auprès des responsables HSE sur les enjeux de conformité réglementaire et de protection respiratoire des opérateurs.